Les établissements pénitentiaires au Tchad : Acteurs, stratégies et pratiques bureaucratiques (in)formelles

Responsable : Félix Kaguenang

Ce projet interroge les formes quotidiennes de gouvernance dans les établissements pénitentiaires de N’Djamena (Tchad), à travers un regard ethnographique sur les dynamiques de bureaucratisation tant formelles qu’informelles à l’intérieur des prisons. L’hypothèse de départ est que les pratiques de gouvernance, bien que découlant de politiques publiques officielles, répondent en même temps à des logiques implicites, qui conduisent elles aussi vers une appropriation des fonctions bureaucratiques.

L’objectif de ce projet est de retracer, à partir des pratiques quotidiennes, l’appropriation des politiques publiques et le processus de bureaucratisation (in-)formelle parmi les détenus (et d’autres acteurs) dans au moins trois prisons tchadiennes.

Premier responsable des services publics, l´Etat est censé assurer la distribution de ses services à sa population. Dans l’élaboration et la mise en place de ces politiques publiques il collabore avec d’autres acteurs comme des organisations internationales et celles de la société civile qui, dans le cadre de ce projet, sont abordées en tant que « configurations développementistes » (Oliver de Sardan 1995 : 7). Sous cet angle, les prisons sont des institutions qui relèvent du pouvoir régalien de l’État. Un regard croisé sur les mutations politiques ainsi que sur les lois portant régime des prisons au Tchad permet d’apprécier une fonction à la fois bureaucratique, sécuritaire et socio-développementaliste assignée auxdites institutions carcérales. Elles doivent non seulement œuvrer à rendre les « conditions de détention des prisonniers humanisées et améliorées » mais ont aussi la charge d’investir dans « des séries de formation des personnels pénitentiaires » afin de permettre « le développement véritable de la politique de réinsertion socioprofessionnelle »[1].

Par contre, à côté des acteurs de l’autorité judiciaire en charge de la gouvernance carcérale (régisseurs et surveillants pénitentiaires, magistrats, greffiers), le mode de gouvernance de facto à l’œuvre au quotidien associe des acteurs autres que ces représentants formels de l’administration pénitentiaire. A l’intérieur de la prison, certains détenus exercent ainsi des fonctions quasi-étatiques en mettant en place une quasi-bureaucratie. Celle-ci permet de pallier aux difficultés, eu égard au manque de personnel administratif et sécuritaire face au nombre souvent pléthorique des détenus.

Le projet aborde donc la question dans quelle mesure les services publics de l’État sont appropriés, détournés, (ré-) institués et (ré-) légitimés par les acteurs normalement assujettis à ces services. Quelles sont alors les logiques sociales, les pratiques, les stratégies et les imaginaires de la bureaucratie qui influent, de par leur appropriation, sur la gouvernance quotidienne des prisons au Tchad ? En me servant des outils méthodologiques de l’anthropologie, le projet questionne à la fois les mutations sociales, normatives et politiques autour de la gouvernance des prisons au Tchad, ainsi que les pratiques matérielles et de l’imaginaire liées à la bureaucratie dans le milieu carcéral.

Crédits photographiques: Félix Kaguenang

[1] Ordonnance n°32 portant régime des établissements pénitentiaires au Tchad.

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