Responsable : Kamina Diallo

Après plus d’une décennie de crises politico-militaires, la Côte d’ivoire est entrée dans une logique de post-conflit à grands renforts d’accords de sortie de crise et de tentatives de médiation. Dans ce contexte, différents programmes de DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion) des ex-combattants ont été mis en place dès 2003. Au-delà des indicateurs économiques positifs (taux de croissance entre 2012 et 2015 à 8,5% selon la Banque Mondiale) qui masquent l’accroissement des inégalités, les évènements récents qui ont touché la Côte d’Ivoire – en particulier les mutineries d’officiers de Janvier  et Mai 2017 ainsi que  les manifestations d’ex-combattants – témoignent d’une instabilité sociale et politique persistante qui soulève des questions majeures sur l’évolution et le devenir des sociétés en sortie de conflit.

Notre étude se propose ainsi d’analyser comment les programmes de DDR, qui résultent d’une production avant tout administrative et bureaucratique, ont influencé la société ivoirienne dans ce que nous qualifierons de double processus de bureaucratisation à la fois par le « haut » – en créant une machinerie bureaucratique ainsi que des parcours professionnels et stratégies de carrière politico-administratives que l’on peut qualifier d’atypiques – et par le « bas », en produisant des logiques d’auto-identification et d’organisation rationnelle légale dans les groupes d’ex-combattants et de dozos. La Côte d’Ivoire post-conflit se transforme-t-elle sur le mode de la « cité bureaucratique » au sens de Jean-François Bayart, c’est-à-dire un lieu où les pratiques bureaucratiques (organisation hiérarchique, règles de fonctionnement, statuts, etc.) se développent que ce soit dans le secteur formel, le secteur informel ou dans les imaginaires des sociétés. Dans la continuité des travaux de Béatrice Hibou sur la bureaucratisation néolibérale, « nous cherchons ainsi à analyser la bureaucratisation sous le prisme de la domination et de l’instrumentalisation mais également sous le prisme de l’obéissance et de l’adhésion ».

Cette étude se fixe pour objectif d’aider à mieux comprendre la signification politique et sociale des modalités très diverses de bureaucratisation de la société ivoirienne dans le cadre des politiques de DDR.

 

Crédits photographiques: Kamina DIALLO – CC-BY-SA.

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